EDMOND THOMAS, autodidacte, poète prolétaire.
Né à Paris le 20 mars 1944, Edmond Thomas nous a quitté à 81 ans, la tête pleine encore de projets.
Les hommages, les témoignages sur sa dimension d’éditeur atypique fusent de partout, la renommée de cet être exceptionnel dépassant très largement les frontières de l’hexagone. Comment aussi ne pas honorer la perte de l’homme qui, dès quinze ans, le jour de son entrée chez Brodard et Taupin Éditeurs à Paris, consacra sa vie au monde du Livre. Curieux impénitent, il n’eut de cesse de lire, de San Antonio à Zola, jusqu’à tomber sur Le Nouvel Age Littéraire, d’Henry Poulaille. C’est indéniablement les ouvrages de Poulaille, qu’il fréquenta, ainsi que l’influence de ses deux mentors : Fernand Tourret et Yves Lévy(*) qui forgèrent les traits caractéristiques de sa personnalité : la droiture, la rigueur, l’opiniâtreté, le respect des petites gens et la recherche, toujours insatisfaite, de la perfection dans ses créations.
Mais Edmond Thomas n’était pas seulement cela. Un peu rêveur, d’une discrétion où s’invitait une large part de timidité, il nous plaît, à nous, de rappeler qu’il fut un bon poète, dont nous publions ci-après un extrait de ses Poèmes de dix années édités dans le numéro 7 de Plein Chant, en 1971. Nous y joignons la teneur d’un courrier que lui envoya son ami, poète et aussi petit éditeur Jean LE MAUVE, après la lecture de ses Poèmes de dix années. Rappelons que ce recueil de poésies, ronéotypé, ne fut, comme l’essentiel de ses éditions d’alors, que produit à 200 exemplaires, lui conférant un caractère confidentiel.
Pouvons-nous pour autant prétendre que Edmond THOMAS fut un poète prolétarien ? Oui, je l’affirme. Parce que, avant d’être poète prolétarien, il était prolétaire, tout simplement. De formation essentiellement autodidactique, l’éditeur des Carnets de Zymase, et des cahiers de Plein Chant, accomplit, seul, avec un matériel ô combien élémentaire, un vrai travail d’éditeur. Certes, d’aucuns diront qu’à partir de 1976Plein Chant s’éditait sur offset, et qu’il était patron, et qu’il avait des ouvriers. Est-ce parce que ce matériel rend indispensable la présence de personnel, que l’homme changea ses manières de faire et sa mentalité, fondamentalement prolétaire ? Jamais Edmond Thomas n’édita le moindre ouvrage de littérature bourgeoise. Toutes ses productions étaient triées sur le volet, parmi le foisonnement d’écrits d’écrivains du peuple, de petits artisans contant leur vie de labeur solitaire.
Il n’est que de voir avec quel amour, avec quelle quasi-vénération, le père de Plein chant nous parle, dans son dernier numéro Plein Chant, Histoire d’un éditeur de labeur, de son rapport au Livre, des amis que sont devenus les auteurs qu’il sortit de l’oubli.Mais des sacrifices financiers qui furent son quotidien, il ne parle pas. Sa discrète timidité, ou sa timide discrétion, les en empêchent.
Adieu, Edmond, ton nom, ton œuvre marqueront à jamais l’histoire de la Littérature Prolétarienne.
Paul Berteloot, pour l’A.P.L.O.
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(*) Fernand TOURRET, journaliste de gauche, amateur de curiosités littéraires, poète au sein du groupe de La Tour de feu de Pierre Boujut, et Yves LEVY, également journaliste, de gauche – pendant la guerre d’Espagne – bibliophile et critique littéraire.
