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photo Louvet     Le Théâtre Prolétarien de La Louvière en deuil.

                   Jean LOUVET est mort.

    

 

     Décédé à La Louvière (Belgique) le 30 août 2015, à l'âge de 79 ans, né à Moustier-sur-Sambre, fils de mineur, Jean LOUVET accèdera en partie au savoir grâce au notable du village qui repère sa vivacité d'esprit. L'homme, que Jean Louvet n'oubliera jamais, lui ouvre sa bibliothèque. Les années passent ; Jean Louvet a déjà 25 ans quand il décide, de sa propre volonté, d'entamer des études universitaires à l'U.I.B. « C'est là que je rencontre un certain Michel Debauque. J'entends aussi parler de l'Athénée de Morlanwelz où – fait extraordinaire pour l'époque – il n'y a pas de cours de religion ! » Avec son épouse Janine Laruelle il s'installe à La Louvière qu'il ne quittera plus jamais. « Tout de suite, nous allons fréquenter deux cafés qui, à l'époque, génèrent un véritable bouillonnement intellectuel, artistique et politique. Celui du Bassin de Natation et l'Ard'n (place de la Louve). Nous y rencontrons l'avocat Achille Chavée, son épouse Simone. Ah, l'Ard'n! extraordinaire creuset où le petit militant politique et colleur d'affiches peut boire une pinte à la table du bourgeois progressiste. Ces hommes (et, c'est à souligner, ces femmes) refaisaient le monde à perte d'heures, sur fond de révolte et d'utopie. Nous avions vécu la grande grève de 60, événement terrible comme il n'en arrive qu'un par siècle. Nous étions persuadés que le monde allait changer ; la Wallonie se relever. Le patron, Jimmy Hardjabi, nous accueillait jour et nuit. Comme patron de l'Ard'n, il y eut aussi Michel Mainil qui invitait ses amis jazzmen, dont Marcel Lambot, médecin et trompettiste, qui avait joué avec Boris Vian. C'est ce mélange entre petits bourgeois et gens du peuple, notables et ouvriers, qui nous dopait. C'est pourquoi nous sommes presque tous restés à La Louvière. Le secret de cette ville, c'est ça : ses habitants n'ont jamais voulu mourir, ils continuent de survivre et de se battre ». Au début des années 70, Jean Louvet multiplie les trajets entre Paris et La Louvière. Il se souvient de ces retours tardifs et nauséeux de la Ville Lumière. « Jusqu'à la frontière, c'était le noir absolu, cafardeux. Mais une fois que nous arrivions à hauteur de Mons, ça commençait à s'éclairer un peu. Nous apercevions les enseignes chaleureuses de La Louvière. Notre moral remontait en flèche, la 2° partie de la nuit pouvait alors commencer. »


     Licencié de philologie romane de l'U.I.B. En 1959, Jean Louvet est nommé professeur de français à l'Athénée de Morlanwelz.


     Influencé par Sartre et Brecht, sa carrière littéraire commence au début des années 60. Pendant la grève générale de l'hiver 1960-1961, Jea n Louvet prend conscience de la possibilité qu'il a de créer une troupe de théâtre avec des comédiens amateurs afin de continuer l'action de cette grève retentissante en Wallonie. Il choisit la ville de La Louvière pour y résider. Ainsi nait la troupe du Théâtre prolétarien qui présente, dès 1962, Le train du bon Dieu, sa première écriture (1976). A cette première pièce succèderont, entre autres, Mort et résurrection du Citoyen Julien T (1967), Conversation en Wallonie (1978), L'homme qui avait le soleil dans sa poche (1982), Un Faust (1985), Le Grand Complot (1990), Jacob seul (1991), Un homme de compagnie (1992), Simenon(1992), Le coup de semonce (1995), L'annonce faite à Benoît (1996).


     Les pièces de Jean Louvet s'inscrivent dans l'histoire, la vie et l'intériorité des êtres. Le réalisme y rejoint le symbolisme et l'allégorie, le poids des idées contraste avec le raffinement de l'écriture. Pour l'auteur et critique Jean-Marie Piemme, les pièces de Louvet ont un ancrage wallon, mais son regard est bien plus large que la société wallone.


     Dès 1980, le « Théâtre prolétarien » devient le Studio-Théâtre de La Louvière, la troupe est composée de comédiens non professionnels.
     Co-auteur et promoteur du Manifeste pour la culture wallone, Jean Louvet est le président du Mouvement du Manifeste Wallon(MMW). Il a reçu le prix du Wallon de l'année 2002, les prix de la SACD et triennal de littérature dramatique en 1984. En 1990, il a obtenu le prix André Praga. En 2011, il est fait Chevalier du Mérite wallon.

Engagé, torturé, complexe...
     La dernière fois que nous l'avions rencontré, c'était autour d'une escalope milanaise, à La Louvière, en compagnie de son épouse ; En novembre 2012, plus précisément, à l'occasion des 50 ans du studio-Théatre, sur fond de grève générale contre l'austérité. Or, on se souviendra que c'est dans la foulée des grèves de 60 que Jean Louvet et son épouse Janine Laruelle ont créé le Théâtre Prolétarien. Un pari fou, posé par un couple à la fois fusionnel et avant-gardiste, rejoint par des artistes et des intellectuels louviérois mais aussi par des ouvruiers des Laminoirs de Longtain ou de la SNCB. Nous sommes en 1962. Entretemps ; Jean Louvet est reconnu sur la scène internationale en tant que dramaturge. Les années passent, le concept « prolétarien » s'essoufle. Mais l'âme de son théâtre ne meurt pas. En 1980, il se métamorphose en « studio-Théatre de La Louvière ». Et aujourd'hui encore, ce moyen d'expression de débat continue d'interroger la société. Tente d'en comprendre les chaos. Engage un dialogue avec le public en utilisant la technique directe du théâtre-action. Cinquante ans ponctués par 80 créations et 50 textes originaux écrits par Jean Louvet, Janine Laruelle, Emmanuel Loretelli, Franck Livin, Stéphane Mansy et Jean Leroy. Ce jour-là, Jean Louvet, avait tenté un parallèle entre la Grande Grève et celle du 14 novembre 2012 qui nous agitait alors. « En 1960, la grève a duré un mois. Intellectuels et ouvriers ont vécu jour et nuit ensemble. Dans un contexte ou l'industrie s'effondrait. Où il fallait d'urgence moderniser la Wallonie pour que nos enfants aient à manger. Nous avons résisté ensemble; Et à la fin de la grève, les liens qui nous unissaient étaient tellement puissants que nous pleurions à l'idée de nous séparer. Ce 14 novembre 2012, la grève générale signe à nouveau le retour de l'austérité, le rabotage des droits des travalleurs. Mais cette fois au profit d'un capitalisme financier obnubilé par ses bénéfices directs; La grande différence, c'est que cette grève a duré cette fois … une demi-journée".


     A sa femme et ses proches, l' A.P.L.O. présente ses très sincères condoléances.

Extraits de presse wallone
aimablement communiqués par
Willy Parfondry, pour l'A.P.L.O.