L'épuration des bibliothèques populaires

à Saint-Etienne (1940-1944)

 

 Nous publions ci-dessous, avec l'autorisation de son auteur, cette étude fort bien documentée de notre jeune collaborateur Antoine Bertrand, initialement parue dans le Bulletin du Vieux Saint-Etienne ( N° 265, Mars 2017)

 

 

          Durant plus d'un siècle, les bibliothèques populaires stéphanoises ont constitué un puissant outil municipal au service de la promotion de la lecture en milieu populaire. Longtemps resté enmarge de l'histoire du livre et des bibliothèques, le modèle des bibli0thèques populaires fait l'0b]et d'un regain d'intérêt depuis quelques années : en témoignent de nombreuses publications et travaux universitaires, ainsi que la patrimonialisation d'une « bibliothèque populaire témoin » par la Médiathèque Tarentaize. En attendant une grande exposition qui permettrait aux Stéphanois de redécouvrir la richesse et l'originalité de ces bibliothèques, cet article se propose de retracer leur histoire en se focalisant sur les tensions politiques qui se cristallisèrent autour de ce symbole républicain en étudiant un événement historique méconnu : l'épuration des bibliothèques populaires de Saint-Étienne pendant la seconde guerre mondiale.

 

 

Des origines des bibliothèques

populaires et leur situation en 1940.

          A la faveur d'une relative libéralisation du régime impérial au début de la décennie 1860, de nombreuses initiatives voient le jour partout en France afin d'enc0urager l'éducati0n et la lecture populaire. Parmi celles-ci, la Bibliothèque des Amis de l'Instruction à Paris (1861), la Société Franklin (1862) et la Ligue de l'Enseignement (1866) jouent un rôle primordial dans la multiplication des bibliothèques populaires. A Saint-Étienne, malgré l'opposition des élites conservatrices, l'eff0rt de Certaines municipalités contribue à la création d'un dense réseau de bibliothèques auservice de la lecture populaire.

 

 

La création contestée des premières

bibliothèques populaires

 

          En 1865, à l'initiative de notables libéraux, la municipalité stéphanoise dirigée par Benoît Charvet décide de l'ouverture de deux bibliothèques populaires situées Rue de la Vierge et Place Jacqμard1. Par la fourniture d'ouvrages pouvant être lus à domicile contre cautionnement, ces bibliothèques, installées dans des locaux affrétés par la.mairie, viennent combler un vide qui profitait jusque là aux bibliothèques paroissiales. En effet, si Saint-Étienne dispose depuis 1831 d'une Bibliothèque Municipale qui déménage en 1861 dans le Palais des Arts, celle-ci n'a pas vocation à promouvoir ce qui ne s'appelle pas encore la « lecture publique ». Héritage de la Révolution Française, la bibliothèque municipale se distingue alors par son souci de c0nservati0n et d'enrichissement du patrimoine, par son caractère scientifique» et par l'impossibilité du prêt à domicile. En se proposant de mettre entre les mains du plus grand nombre des ouvrages de « voix de la liberté ›› (George Sand, Victor Hugo; ...), les bibliothèques populaires stéphanoises deviennent dès 1867 l'objet d'une polémique qui très vite prend une ampleur nationale.

 

 

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