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FESTIVAL PRINTEMPS/ETE AUX EDITIONS PLEIN CHANT

 

 

          C'est toujours une bonne nouvelle que d'entendre parler de littérature prolétarienne. Ainsi, dans le n° de mai-juin 2016, le Monde Libertaire a annoncé la réédition des Prolos de Louis Oury. Dans ce domaine, Plein-Chant, que l'on espère ne plus avoir à présenter propose coup sur coup six ouvrages !

          Deux rééditions, d'abord : l'incontournable Nouvel âge littéraire, d' Henry Poulaille, l'Ascension de Lucien Bourgeois, ainsi que du même, Faubourgs, douze récits prolétariens qui rendent compte de la vie quotidienne des quartiers populaires de Paris : scènes d'atelier, scènes de la rue, scènes de la misère..., scènes du quotidien de Bourgeois.

          Bon, simple copier coller se dira le lecteur. C'est là que Plein Chant ajoute sa touche : inédit en volume, Poèmes des faubourgs et d'ailleurs regroupe les poèmes disséminés au hasard des petites revues. L'éditeur,ajoute : «  Par la suite, Bourgeois avait constitué un recueil d'une centaine de poèmes, dont le manuscrit a longtemps erré dans les salles de lecture sans trouver preneur, malgré les louanges de Jean-Richard Bloch […] « . Henry Poulaille, dont on connaît l'amitié pour Bourgeois et son sens inné de la diplomatie, accusait tout bonnement Jean-Richard Bloch ...d'avoir perdu le manuscrit. Par ailleurs, le n°85 de la revue Plein Chant offre un dossier complet, composé de textes rares ou introuvables d'analyses ou de témoignages, par exemple Midi à XIV heures qui raconte une tentative de coopérative ouvrière de photogravure. On peut donc dire que nous nous trouvons face à une édition « presque »   complète de l' œuvre de Bourgeois : « presque » parce qu'il reste vraisemblablement des poèmes ou nouvelles éparpillées dans divers journaux et revues ; on pourra également regretter -- comme certains esprits chagrins -- l'absence des nouvelles Véronique et Terre Nouvelle ; mais bon, ne boudons pas notre plaisir !

          Enfin, l'ouvrage Des Voix ouvrières, rend compte de l'immense travail réalisé par Jean Prugnot (1907-1980). Prugnot, vous l'avez forcément «  côtoyé » au hasard d'une notice du Maîtron (près de soixante, excepté, bizarrement, celle sur Poulaille, refusée parce que « trop littéraire 1») ; Ingénieur de formation (voir son unique roman : Béton armé), Prugnot deviendra « commis ds postes ». C'est d'ailleurs dans la revue syndicale P.T.T. qu'il rendra compte des ouvrages de littérature prolétarienne: » Il y rend compte – nous précise l'éditeur – non seulement du contenu des livres, mais aussi de leur sens et de leur portée […]. Animé en permanence par une pensée anarcho-syndicaliste, cela lui valut parfois le ressentiment de certains militants engagés sous d'autres bannières […]. » Traduisez en clair : il ne faisait pas bon suggérer que Gorki-l'amer- était devenu plutôt sucré et dans la ligne de l'orthodoxie stalinienne, digne « ingénieur des âmes ».De même il ne faisait pas bon, aux yeux de certains lecteurs, terminer un article par : »Saluons Victor Serge, révolutionnaire irréductible ». Cela étant, Prugnot n'a jamais subi aucune censure.

Outre les études sur les auteurs, l'on trouvera également un article : Gilland et l'affaire du vote Universel 2qui amorçait, déjà, (nous sommes au XIXe siècle) le débat sur la littérature prolétarienne.

          L'ouvrage s'ouvre sur une préface de Poulaille, et se clôt par l'article de Prugnot Reconnaissance à Henry Poulaille, dernier article rédigé par Prugnot avant son décès. « Prugnot – note encore l'éditeur --, fut l'un des plus proches compagnons de Poulaille, l'un des rares à avoir soutenu son action par la plume, tout au long d'un demi-siècle d'une amitié sans faille […] tandis que d'autres se contentèrent de profiter le plus souvent des tribunes les plus diverses que Poulaille offrait à leurs écrits. »(ne citons personne pour ne pas faire de peine à Jean Giono, Louis Guilloux et autres Marc Bernard ou à leurs thuriféraires.3). Bref, pour reprendre le terme peu amène du flâneur d'une berge à l'autre, Prugnot faisait partie du « clan Poulaille »

          Chaque ouvrage est abondamment commenté par les soins de Camille Estienne et Edmond Thomas (qui explique, entre autres la curieuse genèse du livre de Jean Prugnot) et l'on constatera, comme d'habitude, le savoir-faire de l'éditeur-imprimeur et la sobre élégance des volumes. De la bibliophilie prolétarienne que Plein Chant4 élabore depuis de nombreuses années déjà.

En tout cas des ouvrages que l'honnête homme du XXIe siècle aura à cœur d'accueillir dans sa bibliothèque !!!

 

                                                                                                                                                                                                         J.D. Gautel

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1 la notice dans les Cahiers Henry Poulaille n°6,1993

2 Revue Maintenant n°4, noveOn trouvembre 1946

3« Faire de Guilloux [prix populiste 1942] un écrivain populiste et prolétarien, c'est le trahir » affirme l'un d'eux.Sans doute réminiscence (involontaire, naturellement) de Poulaille : « Quand on me traite d'auteur populiste, on m'insulte. »

4Toutes informations sur le site de l'éditeur:www.pleinchant.fr