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« D' un Créateur l'Autre »   

 

 

      C'est le titre d'une exposition présentée successivement au Musée International du Marbre à Rance (Belgique) en juillet 2014 et à l'Académie des Beaux Arts de Tamines (Belgique) en nov-déc 2014, par Willy PARFONDRY, fils de Marcel Parfondry, qui collabora à la revue « Le Musée du Soir » de 1954 à 1968. Cette exposition présentait des œuvres de peintres, sculpteurs, graphistes, de tendance surréaliste, mais aussi une plaquette consacrant une page à chacun des artistes et écrivains pressentis. Avec l'accord de son auteur, nous reproduisons ci-dessous la page consacrée à Constant MALVA, que les Parfondry, père et fils, ont fort bien connu et cotoyé. Nous publions cette page parce qu'elle nous paraît résumer de façon concise mais complète, et avec sincérité, la vie de Constant MALVA, qui tient une place de choix dans la littérature prolétarienne de l'après-guerre.

Malva lisant  CONSTANT MALVA 1903-1969

        De son vrai nom ALPHONSE BOURLARD, il emprunte son pseudonyme à sa grand-mère car il lui correspond bien : celui qui va constamment mal.

         Il naît à Quaregnon dans le Borinage d'une famille de mineurs qui s'expatrie et parcourt la France dès 1911 à la recherche de travail. Cette itinérance fait qu'il n'aura jamais de diplôme d'école primaire. Un instituteur qui l'a pris en amitié lui offre une grammaire qu'il gardera toute sa vie.  Rentré en Belgique en 1919, il descend à la mine à l'âge de 15 ans. Il la quittera silicosé en 1940. En 1923, il adhère au parti communiste. Il le quitte en 1927 quand Charles Plisnier et les trotskistes en sont exclus. Il milite alors à l'Action Socialiste Révolutionnaire de Walter Dauge et Paul-Henry Spaak.

               Autodidacte, il commence à écrire : son premier texte concerne les chevaux de mine. La mine sera le thème principal de toutes ses oeuvres.

        Son premier livre, Histoire de ma Mère et de mon Oncle Fernand, est autobiographique. Il envoie le manuscrit à l'écrivain pacifiste français Romain Rolland, lauréat du Prix Nobel de Littérature en 1915. Celui-ci lui conseille de le transmettre à HENRI BARBUSSE, autre écrivain pacifiste et prolétarien qui le transmet à son tour à HENRY POULAILLE ,écrivain anarchiste autodidacte, promoteur de la littérature prolétarienne. Le livre de Malva est édité en 1932, préfacé à la fois par Poulaille et par Barbusse.

        En 1932, des grèves à caractère insurrectionnel éclatent au Borinage. Des militants parcourent la région du Centre à vélo en vue d'étendre le mouvement. Malva en est. Il rencontre ainsi ALBERT LUDE, surréaliste en actes et en pensée, un des fondateurs ,en 1934 , du Groupe RUPTURE, avec ACHILLE CHAVEE, ANDRE LORENT et MARCEL PARFONDRY. Albert Ludé présente Malva au Groupe Rupture qui publie un de ses textes dans l'unique numéro de la revue MAUVAIS TEMPS. Malva sera en quelque sorte l'alibi ouvrier chez les intellectuels défenseurs de la classe ouvrière du Groupe rupture.

     Une amitié sans faille se tisse entre Malva et Parfondry, fils de mineur et instituteur: ils s'écriront quasi chaque semaine pendant des décennies. C'est chez lui, à Ressaix que Malva viendra passer quelques jours lors d'une avant-dernière tentative de travailler au charbonnage proche, Sainte Marguerite à Péronnes, afin de cumuler les jours de travail nécessaires à l'obtention d'une pension de mineur. En vain, fortement silicosé, Malva ne tient pas le coup. En 1955, il décrira son calvaire dans un texte poignant: La Passion selon Sainte Marguerite.        

        Mais revenons à 1932.

            D'une part, le Groupe Rupture est en contact avec ANDRE BRETON et les Surréalistes français. et d'autre part, par le biais de Malva et Parfondry, le contact est établi non seulement avec les écrivains prolétariens regroupés autour du MUSEE DU SOIR, le foyer culturel prolétarien créé par POULAILLE à Paris mais également avec les autres écrivains prolétariens belges FRANCIS ANDRE, AYGUESPARSE. HUBERMONT...qui adhéreront d'ailleurs au MANIFESTE de l' ECOLE PROLETARIENNE de Poulaille en 1932. En Belgique, on les retrouve autour de CHARLES PLISNIER qui crée en 1934 LE FRONT LITTERAIRE GAUCHE, tentative d'associer l'action littéraire à la lutte politique contre l'extrême droite. Malva et Parfondry y représentent le Groupe Rupture.

             En 1937, les Cahiers de Rupture présentent BORlNS, un recueil de textes de Malva, qu'il finira d'écrire en 1938, à la façon d'un journal intime, " MA NUIT AU JOUR LE JOUR" : un chef d' oeuvre qui ne verra le jour qu'en 1954. De son vivant, Malva n'accèdera jamais à la reconnaissance dans le monde des lettres. Il ne gagnera jamais son pain avec sa plume.

Affaibli, silicosé, Malva n'en peut plus: il quitte la mine en 1940. C'est une période de famine et de grande misère pour lui et sa famille. Il exerce divers petits métiers dont celui de concierge pour l' UTMI, le syndicat unique créé par Henri De Man à la solde de l'occupant.

           Quelques textes publiés dans des journaux ou diffusés sur les ondes de la radio nationale contrôlés par l'occupant: à la libération, Malva est condamné comme collabo bien que son appartenance n'ait pas dépassé un rôle alimentaire et presqu' invisible.

           En 1952, Marcel Parfondry va habiter à Ressaix-lez-Binche. Il y découvre "R'Saix R'vit'', petite publication mensuelle ronéotée d'Hector Clara, conseiller communal socialiste, maçon au fond du charbonnage voisin "Sainte Marguerite" à Péronnes. Il y donne des informations sur la vie communale et des petits textes. témoignages justes de la condition ouvrière. Marcel Parfondry présente son ami Malva à Clara et lui fait découvrir la littérature ouvrière belge et française de même qu'il fait découvrir "R'saix R'vit" aux amis parisiens de Poulaille.

            En juin 1954, à Paris. les amis de Poulaille ( Ferdinand Teulé, bouquiniste, René Bonnet, charpentier. et Louis Lanoizelée, également bouquiniste des quais de la Seine et ancien mineur, ... ) créent une revue littéraire et artistique et l'appellent " MUSEE DU SOIR" en mémoire du Centre Culturel Prolétarien qui avait été créé avec le même nom par Poulaille en 1935.

           Ce 1er numéro est un hommage à Marcel Martinet, directeur littéraire de l'Humanité qui avait encouragé Poulaille et la littérature prolétarienne à leurs débuts.

           Le groupe de Paris ne sort pas le N° 2 pour lequel les amis belges Malva, Parfondry (alias Laurent Deraive ou Hector Labarre), Francis André, Pierre Hubermont... avaient été alertés et leur participation prévue. C'est compter sans leur réaction!

           En novembre 1954, Marcel Parfondry, délégué par R'saix R'vit rencontre le groupe Parisien et lui propose de collaborer à la revue qui portera le double nom R'saix R'vit - Musée du soir, revue internationale de littérature ouvrière. Les amis français s'y rallient et le N° 1 paraît en déc 1954.

           En Belgique, Malva. Clara, Francis André. Parfondry ... sont dans la course et bientôt s'y côtoieront Achille Chavée. Madeleine Biefnot, Paul Colinet , Charles Plisnier, René Magritte ...

           En fév 1955, les écrivains mineurs du Pas de Calais, Ignace Flaczynski et les Frères Berteloot fusionnent leur petite revue ouvrière Par le Livre et la Plume avec le Musée du Soir- R'saix R'vit. Après sept 1955, la santé de Clara étant défaillante, les frères Berteloot assureront l'édition et l'impression à la main sous forme d'une petite brochure sous le titre" Le Musée du Soir"

           Malva sera le responsable pour la Belgique.

           Le Musée du Soir survivra avec des périodes d'interruptions et de reprises jusqu'en 1968. Les dernières années de sa vie, Malva n'espérera plus être reconnu de son vivant.

C'est le travail de Jacques Cordier," Constant Malva, mineur et écrivain (Bassac, Plein Chant, 1980)" et la réédition de "Ma Nuit au Jour le Jour" chez Maspero en 1978 qui donneront une carrière posthume à Constant Malva. Ainsi, "le Jambot" sera réédité en 1980 pour le 150ème anniversaire de la Belgique avec une préface de Louis Scutenaire.

                                                                                                                                                                                                                                                               Willy Parfondry

                                                                                                                                                                                                                                                         Sivry le 3 août 2015

 

Ouvrages consultés et citations empruntées à :

Littérature Prolétarienne en Wallonie, Chronique et récits. Par Jacques Cordier, Vital Broutout, Hector Clara, Charles Nisolle. Collection Voix d'en Bas, éditions Plein Chant Bassac 1985

La Littérature Prolétarienne Paul Aron Editions Labor 1995

Constant Malva La Nuit dans les Yeux Espace Nord Editions Labor-Fernand Nathan 1985 Constant Malva Correspondance, édition établie et annotée par Yves Vasseur, préface de Michel Ragon, postface de Jean Puissant. Collection Archives du Futur Ed. Labor. Fernand Nathan 1982.