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A PROPOS DE LUCIEN BOURGEOIS

 

 

Réédition de Faubourgs, de Lucien Bourgeois

Editions Plein Chant, Collection Voix d'en Bas

 

Bourgeois 

  Lucien BOURGEOIS

 

 

     Bonne nouvelle pour la littérature prolétarienne ! Après l'édition en volume de la revue ouvrière Le Musée du Soir par ses animateurs, voici que les Editions Plein Chant rééditent Faubourgs de Lucien Bourgeois.

 

     Pour parler avec compétence de Lucien Bourgeois, il aurait fallu être de ceux qui l'ont compris , apprécié et soutenu : Marcel Martinet, Henry Poulaille, René Bonnet ou Régis Messac. De nos jours, il faudrait être Michel Ragon qui a tenté, mais en vain, de faire publier les inédits de Bourgeois. Mais bon, il reste à assumer modestement l'interim.

 

     Se nommer « Bourgeois » lorsque l'on est ouvrier, avoir titré son autobiographie l' Ascension (ascension purement intellectuelle et non sociale, Bourgeois faisant partie de ceux qui ont pratiqué le « refus de parvenir ) , cela pourrait tenir du paradoxe amusant.

 

     Et pourtant : « Le cas de Lucien Bourgeois est le plus tragique qui soit » écrivait Poulaille dans le Nouvel Age Littéraire.(1)

 

     Né en 1882, décédé en 1947, Lucien Bourgeois , à quelques exceptions près, a toujours vécu dans le XVIIIe arrondissement de Paris. Victime de son beau-père, qui estimait qu'un « métier  ne servait à rien », il a quasiment survécu toute sa vie de « petits boulots » non qualifiés, jamais garantis d'un jour à l'autre :  « des occupations de hasard coupées de longs jours de chômage ».. S'il a réussi à devenir ouvrier photograveur, sa vue faiblissante lui a interdit de continuer à exercer le métier.

 

     Faubourgs, c'est un ensemble de douze récits, d'abord publiés en « bonnes feuilles » dans l' Humanité avant d'être publiés en recueil par les éditions E.S.I. (1931). Ces récits sont en grande partie autobiographiques et forment une unité : témoignage sur les conditions de travail, sur les conditions de logement, sur la « nature » étiolée des faubourgs, sur la résignation des uns et les aspirations des autres. Ce qui ne signifie pas que ce recueil soit destiné aux seuls sociologues, comme on a tendance à réduire la littérature prolétarienne depuis longtemps déjà. Bourgeois a beau se défendre de « faire de la littérature », ses récits ne sont pas « bruts ».Tout est pensé, travaillé, rédigé  (au prix de combien d'heures prises sur le « repos »?). S'il n'a pas fait œuvre littéraire, Bourgeois n'en a pas moins fait œuvre d'écrivain.

 

     Impossible évidemment de rendre compte ici de chaque récit. Certains font écho à l'Ascension : Souvenir de la Dresserie, Histoire de Marie (sa propre sœur « dont le sort a fait une souillon, je veux dire une manœuvre employée aux basses besognes dans une fabrique de charcuterie »). D'autres évoquent le désir d'évasion (Daphnis et Chloé) de deux jeunes gens non pas vraiment vers la campagne mais vers la « zone » à savoir à l'époque les immédiats environs de Paris dont on pourra se faire une idée en relisant les premières pages d' Une partie de campagne de Maupassant. Et pour ce qui est de la « zone », on lira avec profit Le Ventriloque ; un couple d'ouvriers, vraisemblablement tenté par la loi Loucheur, qui prétendait aider les couples « modestes » à l'accession à la propriété : accès facilité pour ce qui est du terrain, mais champ libre laissé aux « promoteurs » : « malgré la splendeur de leur aspect sur le prospectus, ces cabanes à pauvres étaient dépourvues du plus mince confort »

 

     A ne pas manquer non plus ; Jeunesse, ainsi que le Lit n° 16 « dédié à ma mère, morte de misère physiologique et à mon frère Firmin mort aux Jumelles d'Orves » et qui clôt le recueil.

 

     Il y a toujours en creux dans Faubourgs un réquisitoire contre la condition de vie imposée à la classe ouvrière. Il va de soi que toute comparaison avec notre époque ne serait pas purement fortuite. Le lecteur trouvera une postface (2) « quelques mots sur Faubourgs » qui retrace la biographie de Bourgeois ainsi que la « genèse » du recueil.Quant au dessin de couverture ainsi que la gravure de quatrième de couverture, ils sont la reproduction d'œuvres de Germain Delatousche, « grand ami de Lucien Bourgeois » comme le rappelle judicieusement l'éditeur. 

 

     « Presque tous les écrivains français qui prétendent aujourd'hui parler au nom du prolétariat-écrivait Albert Camus- sont nés de parents aisés ou fortunés ». Et d'ajouter: « Et pour moi, j'ai toujours préféré qu'on témoignât, si j'ose dire, après avoir été égorgé.(3)». Lucien Bourgeois a témoigné pendant l'égorgement !

                                                                                                                  

 

                                                                                                                                                                                          l'  A.P.L.O

 

 

Notes :

 

1 - Le cas de Lucien Bourgeois... Nouvel Age littéraire, p.359

2 – Le lecteur trouvera une postface... de Camille Estienne, pp. 151-164.

3 - Préface à la Maison du Peuple de Louis Guilloux

 

Ci-après, deux Bois gravés remarquables de Germain Delatousche, grand ami de Lucien Bourgeois.

 

Delatousche

 

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