René BONNET, Charpentier écrivain

 

 Teulé Poulaille Bonnet

De gauche à droite : F. Teulé, H. Poulaille et R. Bonnet (en juin 1938)

 

 

Eléments bio-bibliographiques :

 

 

Remarque liminaire :

 

 

Ces éléments bio-bibliographiques sont volontairement présentés dans leur sécheresse chronologique. Ceux qui ont connu ou lu René Bonnet n'ont pas besoin de phrases ampoulées pour l'apprécier à sa juste valeur ; ceux qui ne l'ont pas lu, nous ne pouvons que les inviter à le faire : Enfance limousine et A l'École de la vie, bien que non réédités, sont facilement trouvables sur Internet-faute-de-mieux. Bonnet, c'est l'alliance de la recherche du savoir-faire professionnel et d'une culture personnelle ; c'est aussi certainement une certaine nostalgie du Compagnonnage, ce qui n'empêche pas la distance critique.La nostalgie également d'une enfance paysanne libre, puis la fierté de la conquête d'un métier, accompagnée d'un refus de parvenir.

 

Bonnet, c'est aussi l'amitié : amitié pour Poulaille, pour Lucien Bourgeois, pour Jean Prugnot (dont nous avons lu tant de notices et de préfaces sans vraiment bien le connaître).Une amitié qui lui fera rédiger sans compter des articles sur ceux qu'il apprécie, au risque certainement de négliger sa propre œuvre, car René Bonnet était un vrai conteur et un écrivain qui ne trichait pas. Rappelons pour conclure que sa grande fierté a certainement été sa très large contribution à la création et à l'animation du Musée du Soir « inauguré » rue Fessart en 1935.

Signalons enfin qu'une recherche, la plus complète possible, sur les articles de Bonnet, est en cours et précisons que Sans haine, journal de guerre et de captivité, n'est pas signalé dans la chronologie puisque, bien que des extraits aient été publiés, il est resté à l'état de manuscrit et donc non datable à notre connaissance.

Merci enfin à Madame Muller pour toutes les précisions apportées.

 

D.C., pour l'A.P.L.O.

 

 

 

1905 (9 mai) : Naissance à Paris XVe ; son père scieur de long en Corrèze, s'est embauché comme manœuvre dans une charpenterie parisienne. .

 

1914-1918 : Son père est mobilisé ; sa mère est ouvrière d'usine. Il est confié à ses grands-parents maternels, à Champeaux, près de Tarnac(Corrèze).

 

1919 : Retour à Paris.

 

1920 : Embauché comme « lapin » (apprenti) chez le patron de son père, dans le XVe arrondissement.. Travaille aux escaliers puis à la charpente. Suit des cours de trait (cours du soir), au moins durant trois ans.

 

1923 : S'inscrit à l'Union des Familles, patronage laïque animé par Edmond Dussauze (protestant,

professeur d' Anglais à l'École Alsacienne).

 

1925 : Service militaire  (18 mois à l'époque), probablement à Toul.

 

1927 : « J'allais à des conférences de toutes sortes, je lisais Henri Barbusse, Romain Rolland, Maxime Gorki, Jack London, Georges Duhamel ».

 

1928 : « ouvrier d'élite ». Refuse de devenir contremaître et renonce au concours du meilleur ouvrier de France. Lecteur de Monde, la revue de Barbusse.

 

1929 : Mariage, le 13 novembre, avec Germaine Maraguin qui semble avoir joué le rôle de secrétaire bénévole, notamment auprès de Lucien Bourgeois. La fille de René et Germaine, future professeur d'allemand, aura l'occasion de servir d'interprète, voire de traductrice (cf. Musée du Soir n° 7, mars-avril 1959 : Le Médaillon dans la mine », de Georg Artur Oedeman.

 

Hiver 1929-1930 : «  C'est Beauvisage, mon voisin de cours de charpente, qui me fit lire des livres de Henry Poulaille »

1932 : ─ «A la suite d'un échange de lettres, il {Poulaille] m'invite à venir passer la journée chez lui »

« La première fois que je me rendis chez [Lucien] Bourgeois, en compagnie de Poulaille, c'était, si mes souvenirs sont exacts, en septembre 1932. Nous y trouvâmes Régis Messac […]. Messac n'était pas un inconnu pour moi, j'avais déjà correspondu avec lui »

 

1933 : Bonnet collabore à Masses, la revue de René Lefeuvre. Rédige quelques articles de critique

littéraire (sur Poulaille, Peisson et Mougin). Bonnet a vraisemblablement rencontré Lefeuvre par le

biais des « Amis de Monde », dont celui-ci était animateur.

 

1934 : Après l'émotion suscitée par le 6 février, réunion dans les locaux de la revue Masses : Poulaille, Bonnet, Teulé (bouquiniste), Jean Lamour.

Mai : Poulaille, qui a signé l'appel d'André Breton, rédige un article dans le n°5 de l'Homme Réel, appelant à la création d'un Musée du Soir.

 

1935 : Bonnet participe comme membre fondateur à la création de la Bibliothèque populaire – exposition Le Musée du Soir, « cercle prolétarien », (situé 69 rue Fessart, puis 15 rue de Médéah) qui ouvre le 16 mars. Le loyer est payé par l'Union des syndicats confédéraux de la région parisienne C.G.T. (trésorier :Guiraud).

 

 

1936 : Adhérent aux « Amis de la Nature » , association culturelle organisant des randonnées pédestres ou cyclistes, des conférences et débats....

Durant les grèves : « Nous distribuâmes plusieurs milliers de brochures et livres aux grévistes, avec des prospectus du Musée du Soir. Cette activité ne nous amena aucun adhérent et notre camarade Lamour, devenu depuis Yves Malartic [ traducteur, entre autres, de Dos Passos]en fut pour son essence […]. On appela sa voiture la « bagnole des Trotskystes », ce qui était absolument faux ».

 

1940 : Le Musée du soir ferme ses portes. Les livres sont vendus pour payer le loyer (le bouquiniste Louis Lanoizelée en rachètera un certain nombre). André Sévry, journaliste, appartenant à la rédaction parisienne du Progrès de Lyon, contribuera en publiant dans la revue Les Humbles une étude sur Poulaille (aidé par « deux complices », Bonnet et Teulé)

 

1939 (août) : Appelé comme réserviste.

 

1940 (juin) : Fait prisonnier, jusqu'en 1945 .

 

 

1942 : Il rédige, pour » la troupe théâtrale « La Bohème de chez nous » du Kommando 633 Stalag VI J.. à Düsseldorf » une pièce en un acte et un tableau : Veillée Limousine.

 

1945 : Collabore à la revue Maintenant de Poulaille.

 

1946 : Publication de A l'école de la vie, « documentaire romancé sur [ses] apprentissages de la vie et du métier »(dédicace à René Berteloot). L'ouvrage a été publié par le soin de ses amis : Poulaille (?), Teulé, Jean Prugnot (qui a rédigé la préface, datée du 1er janvier 1944). Ouvrage publié par les éditions « Entre nous » par Fouquin {imprimeur de A contre courant]

Fait partie de l'équipe de rédaction des Cahiers du Peuple (avec Michel Ragon) ; trois numéros parus.

 

1950 (mai) : Publie dans Faubourgs50 un long article sur Lucien Bourgeois manifestement destiné à servir de préface à la publication, annoncée par la revue, de Midi à XIV heures et d' Histoires d'un sou. (jamais sortie à notre

connaissance.)

 

1951 : Publication de Veillée Limousine (600 exemplaires à compte d'auteur) ; «  Imprimerie du Cantal, Aurillac » . Constant Malva critiquera sévèrement la pièce, sans tenir compte des circonstances de rédaction !

 

 

1954 : Publication d' Enfance Limousine, «  Imprimerie du Cantal, Aurillac » . Avant-propos de Lucien Gachon. « Ces pages d'une jeunesse paysanne, libre donc heureuse »

Participe à la création de la revue ouvrière Le Musée du Soir avec Ferdinand TEULÉpuis avec Paul et René Berteloot.

 

 

1960 Publication de Petite Histoire de la Charpenterie et d'une Charpente, « Imprimerie du Compagnonnage ».

 

1968 : Décès de Germaine Bonnet.

 

1972 : Bonnet prend sa retraite : il a passé toute sa vie professionnelle dans la même entreprise.

 

1982 : Publication de Contes et Récits de la Ville et de la Campagne ; éditions Plein Chant, Bassac ; préface de Jérôme Radwan. (Ces contes et récits ont été publiés dans différents journaux et revues)

 

1988 (21 août) : décès au Kremlin-Bicêtre..

 

On trouvera ci-dessous les différentes collaborations de René Bonnet à des journaux ou revues, inventaire effectué par Jean Prugnot pour le Maitron, et publiées dans le N° 11 (juillet-septembre 1960) de la revue « Le Musée du Soir ».

 

 

Bibliographie sommaire :

 

A l'école de la vie (préface de Jean Prugnot). Editions Entre Nous, 1945

Veillée limousine. Imprimerie du Cantal, Aurillac, 1951. ( composé en captivité en 1942.)

Enfance limousine. Imprimerie du Cantal, Aurillac, 1954

Petite histoire de la charpenterie et d'une charpente. Presses du Compagnonnage, 1960

Contes et récits de la ville et de la campagne (préface de Jérôme Radwan) Plein Chant, 1982

 

 

En 1954 étaient annoncés « en préparation » :

 

A l'école de la vie, tomes deux, trois et quatre.

Le compagnonnage a-t-il un avenir ? « le point de vue d'un charpentier indépendant sur la vieille

association ouvrière »

Sans haine journal de guerre et de captivité (quelques extraits publiés)

Quelques ouvriers écrivains (études)

 

 

Préfaces des ouvrages :

 

-Un propr'à rien; Constant Malva (1936)

- Marguerite Audoux; Louis Lanoizelée (1957)

 

 

Articles :

 

Plusieurs articles de critique de livres dans la revue Masses (signés « Un charpentier »)

Une expérience d' avant-guerre : le Musée du Soir Cahiers du Peuple, 1946

Le Musée du Soir (reprise en partie du précédent) Revue Entretiens sur Henry Poulaille, Subervie 1974

Lucien Bourgeois (Faubourgs 50, 1950) (article repris dans Plein Chant n°85, mai 2016

 

 

Collaborations diverses :

 

Outre la revue Masses, René Bonnet s'est exprimé dans la plupart des revues d' Henry Poulaille :

Prolétariat,(en 1934)

A Contre Courant,(en 1935-36),

Maintenant,(1945-1948)

ainsi que dans le journal Le Peuple (1936),

L'Ami de la Nature (1936)

La Flèche (1937)

Les Cahiers du Peuple (1946-47)

Faubourgs (1950-52)

L'Auvergnat de Paris (1950-53-55-58)

La Corrèze Républicaine (1950-59)

Impressions (1950-52)

La Voix du Massif Central (1951à1954)

Centre magazine (1952-53)

Après l'Boulot (1953-54-56)

Le Musée du Soir.(1955 à 1959)

Le Messager Littéraire (1955-56)

La France Latine (1957 à 1959)

 

Textes publiés dans trois livres scolaires de Madame Brulé (1969)

 

Initiateur (avec Jean Siquier) d'une plaquette sur Lucien Bourgeois (1957)

 

Ses contes ou nouvelles ont en outre été publiées dans l' Auvergnat de Paris et le Troubadour d'Auvergne

 

Signalons enfin, dans le numéro de la revue Itinéraire consacré à Poulaille (n°12, 1994) un court article bien documenté sur René Bonnet, article signé Frédéric Muller, son petit-fils., que nous reproduisons ci-après.

 

 

      René BONNET

 

 

           Après avoir lu votre livre « Nouvel Age Littéraire », j'ai donc écrit les « quelques lignes que vous trouverez ci-        jointes puis, réfléchissant, je me suis dit :  Pourquoi ne les enverrais-je pas à Henry Poulaille qui est un ancien   ouvrier, comme je le suis ? » C'est ainsi que René Bonnet (1905-1988)  s'adresse pour la première fois à Henry Poulaille en mai 1931. Fils d'un  scieur de long et d'une femme de ménage, il s'est très tôt assigné une  discipline intellectuelle qui le distingue de la plupart de ses camarades  charpentiers. Lire, écrire, lorsqu'on est ouvrier, c'est d'abord engager une  interminable lutte contre la fatigue, veiller tard après le travail pour  engranger ce savoir que la division de la société en classes manuelle et « intellectuelle entend lui refuser : « la  nuit des prolétaires », selon l'expression de J. Rancière.

 

      Il ne suffit pas d'apprendre, il faut partager, et vite : « Nous devons donc « intéresser un lecteur fatigué et qui souvent ne peut lire que dans le métro et « dans le train... Si nous réussissons à l'intéresser, il sera disposé à faire un « effort » (lettre de R. Bonnet à R. Messac, 7 avril 1933).

 

       En 1932, je fis la connaissance d'Henry Poulaille, auquel je montrai  mes notes et réflexions. Il me dit à peu près ceci : Ce que tu écris là d'autres  l'ont déjà écrit ou l'écriront mieux que toi. Tu devrais plutôt faire des récits  sur ton métier . J'écoutai les conseils de mon ami qui ne me ménagea pas  ses encouragements.  (Réponse de R. Bonnet à l'enquête de R. Ninck). C'est « entre ces deux hommes le début d'une amitié qui jamais ne se démentira. « Ensemble ils bâtiront cette expérience inédite que fut le Musée du Soir,  entre 1935 et 1939. René Bonnet y joue un rôle central, participant à la  collecte des livres, assurant les permanences, l'organisation des « conférences. …

 

       Après la captivité, l'après-guerre est la période des réalisations « littéraires. Ce fut d'abord A l'école de la vie en 1945, récit des années « d'apprentissage, de la vie de chantier. Puis la redécouverte de ses racines  paysannes, son Enfance Limousine (1954), retracée au fil des jours de paix  et des jours de guerre des années 1910-1920. On retrouve l'influence de la  vie rurale dans Veillée limousine (1951), pièce en un acte, où se nouent les  amours paysannes. Petite histoire de la charpenterie et d'une charpente  (1960) prolonge la description du monde du travail : il s'agit à nouveau d'un récit d'initiation, mais cette fois l'auteur est devenu un professionnel  aguerri. Il prend en charge un jeune apprenti et les leçons qu'il lui donne  sont l'occasion de transmettre au lecteur quelques-unes des lois de son  métier. Enfin Contes de la ville et de la campagne (1982) réalise sur un  mode plus littéraire une synthèse des deux sources d'inspiration de son « écriture : les racines rurales et l'expérience de l'ouvrier charpentier qu'il fut  toute sa vie.

 

Frédéric MULLER

 

 

 

Tampon MdS

Tampon de la la Bibiothèque populaire

Le Musée du Soir

 

 

De même reproduisons-nous, ci-après, ce passage d'un courrier de Jules MOUGIN à Hector CLARA (alors en charge de la parution de la 2° série de la revue Le Musée du Soir)

 

« Jules MOUGIN à Hector CLARA, le Samedi 7 janvier 1955 à 14 h 30.

« 

« 

«  A Clara,

« 

«  Nous avons, en notre camarade René Bonnet, un homme d'une « droiture rare.

«  Maurice Lime, dans son livre « Gide, tel je l'ai connu » fait un « portrait- express de notre ami Bonnet.

«  « René Bonnet, l 'écrivain charpentier, son nœud papillon bien « d'équerre... »

«  L'équerre, lignes droites, à ma droite …

«  Sur « Le nœud papillon », j'essaierai, un jour, d'écrire un poème ...

«  Il faut souligner ce « bien d'équerre ». C'est tout René Bonnet

« 

«  …..